Relaxation, concentration et motricité : le Qi Gong a sa place en crèche

Par Ophélie Ostermann, Stéphanie O'Brien | madame.lefigaro.fr

Depuis 2015, les enfants d'une crèche d'Asnières-sur-Seine pratiquent le Qi Gong pour optimiser leur bien-être, prendre conscience de leur corps et améliorer leur motricité.

Au premier étage de la crèche Barbotine d'Asnières-sur-Seine (Île-de-France), dans la salle des «grands», ils sont huit entourés de deux puéricultrices à tenter de construire des maisons ou à voler le tracteur du voisin. Épidémie de varicelle oblige, l'effectif est étrangement mince ce matin à 10h20, nous informe l'équipe. Les irréductibles présents ont tous entre 2 et 3 ans. Comme deux fois par mois, ils patientent plus ou moins calmement pour leur cours de Qi Gong, un entraînement énergétique ancestral alliant yoga et gymnastique chinoise pour recentrer corps et esprit. Pour la plupart d'entre nous, la discipline est pratiquée aux aurores par des séniors au milieu de parcs et jardins. Ici, les participants mesurent moins d'un mètre, ne savent pas tous parler, ont un temps de concentration plus que chronométré, et pourtant.

Un éveil corporel

Dans cet établissement appartenant au groupe La Maison Bleue, un réseau de crèches d'entreprises et de collectivités (200 actuellement en France), le rendez-vous y est régulier depuis deux ans. À l'initiative de ces ateliers : la cofondatrice et directrice générale du réseau, Antonia Ryckbosch, qui souhaitait un nouveau projet et «travailler la motricité, le corps et les émotions des enfants», explique Nathalie Cuquemy, directrice de la crèche Barbotine. Désormais, une dizaine de crèches font bénéficier les enfants de l'expérience. Toutes en Île-de-France pour le moment.

Dans la pratique, les petits n'effectuent aucun mouvement de gymnastique chinoise. Ils en sont physiquement et psychologiquement incapables. «Il s'agit plutôt d'un éveil corporel par le Qi Gong, une mise en circulation de la vitalité, de l'énergie», précise François Fournier, enseignant de la discipline dans le réseau La Maison Bleue depuis 2015 et thérapeute psychocorporel. Ce dernier utilise simplement les principes du Qi Gong pour permettre aux enfants de prendre conscience de leur corps. «Entre 0 et 3 ans, tout passe par là. Dans nos sociétés occidentales, nous l'oublions trop souvent», complète Pierre Salesne, psychologue, psychanalyste et directeur pédagogique du réseau de crèches.

Une vingtaine de minutes de cours

Quand elle inscrit son fils en juin 2016, Caroline (1) est d'abord surprise par l'option Qi Gong. Elle est persuadée que la discipline est réservée aux adultes. D'autant plus qu'aucun cours de Qi Gong n'existait auparavant pour les tout-petits. Anxieuse de nature, elle se dit sensible aux diverses méthodes de relaxation et confie avoir été rapidement séduite par le concept : «J'ai toujours voulu optimiser le bien-être de mon enfant pour qu'il gère ses angoisses. Je veux l'aider à être quelqu'un de zen, de bien. Il suffit de clefs simples et c'est dommage de leur apprendre tardivement», confie la mère de Bastien, 2 ans et demi.

Les cours sont dispensés une fois tous les quinze jours et réservés aux «grands». Ils ont lieu habituellement les après-midis, après la sieste et le goûter, vers 15h30. Les adeptes sont répartis en trois groupes, le cours dure une vingtaine de minutes. À bien y regarder ce matin, les enfants ont l'air rompus à l'exercice. «Ils adorent et attendent vraiment le rendez-vous», affirme la directrice postée en sur-chaussures jetables bleues sur un revêtement de sol rose au milieu des enfants qui s'agitent. «Aucun n'est obligé de venir, on leur laisse le choix en leur posant la question avant le cours», précise-t-elle. Aujourd'hui, une seule petite fille refusera l'invitation.

Avant que le Qi Gong ne débute, François Fournier entre dans la salle où jouent les enfants. C'est un rituel. Il vient pour les saluer, leur rappeler que dans quelques instants ils débuteront, mais aussi et surtout pour prendre la température. «Celui-ci je le trouve pas au top», glisse-t-il à Nathalie Cuquemy, les mains sur les épaules d'un blondinet dont le nez traduit incontestablement un rhume. L'enseignant a la voix apaisée et calme des sages. Ce premier contact visuel et physique lui permet de repérer des corps volontaires mais des esprits réfractaires à l'exercice, qui se révèleront pendant le cours. «Parfois c'est le chaos total parce que l'enfant est fatigué ou malade. Il est d'ailleurs plus facile de les aborder le matin», précise l'enseignant.

"Cloche" et "ascenseur à doudous"

L'«exercice de la cloche» aiguise la motricité des enfants.

Durant le cours, ce dernier se place à genoux devant les enfants assis sur des tapis. Il ne hausse jamais le ton, parle distinctement et cherche constamment à capter le regard de certains, perturbés par notre présence. «Je ne fais pas ça pour retenir leur attention mais pour assurer le lien avec eux. De ce fait, ils retrouvent l'attention», indique François Fournier. En fond sonore, une musique zen, diffusée par une enceinte bluetooth posée sur une étagère au fond de la salle.

On commence par se frotter les mains l'une contre l'autre, puis du cœur vers les autres, on ouvre les bras en disant lentement «bonjour». Comme pour réveiller des membres endoloris, les enfants se tapent les cuisses. L'«exercice de la cloche» arrive ensuite pour aiguiser la motricité des enfants. Ladite cloche en comporte deux, reliées par un fil. L'enfant les fait s'entrechoquer, les monte en levant les bras devant sa tête, puis les redescend le plus lentement possible au sol. L'exercice de «l'ascenseur à doudous» permet quant à lui de faire effectuer aux enfants des respirations abdominales. Le nounours posé sur le ventre du participant monte lors de l'inspiration et descend lors de l'expiration. Le tout une nouvelle fois le plus calmement possible.

"Un éveil du potentiel de l'enfant"

On ne note pas les bienfaits du Qi Gong immédiatement, ils se traduisent sur le long terme. Naturellement, la discipline optimise ainsi le bien-être des enfants, en leur offrant une pause dans leur journée, un moment rien que pour eux. Elle améliore également leur concentration et les relaxe, «d'ailleurs, souvent certains dorment mieux le soir», relève François Fournier.

François Fournier aime parler «d'un éveil du potentiel de l'enfant», par l'action du Qi Gong sur la motricité mais aussi et surtout sur les énergies des petits. L'équipe a pu observer des résultats très concrets, notamment dans leur rapport au corps. «On a vu des enfants très timides et pas très bien dans leur corps, gagner en confiance en eux. D'autres, d'ordinaire très excités et animés d'une énergie vive, connaissent des phases de calme. Ils ont appris à diriger leur énergie autrement», explique l'enseignant. «Le Qi Gong leur permet de prendre le temps pour conscientiser leur corps et ainsi s'en servir au mieux», ajoute quant à lui Pierre Salesne, psychologue et directeur pédagogique du réseau La Maison Bleue.

Au quotidien, Caroline et son compagnon n'hésitent pas à recourir à la méthode, surtout quand le moment du coucher s'annonce compliqué. «Quand on le sent trop excité pour s'endormir, on fait "l'ascenseur à doudous" ou l'exercice de la cloche, pour faire redescendre la pression», raconte la jeune femme.

À 11 heures passées, alors que le dernier groupe de pratiquants de Qi Gong écoute plus ou moins religieusement François Fournier, les enfants de la section des moyens passent à table dans la salle de jeux et se débrouillent pour manger seul. Un coup de fourchette qui sera éventuellement amélioré par le Qi Gong de l'année prochaine.

(1) Les prénoms ont été modifiés.

En vidéo, une séance de Qi Gong à la crèche Barbotine

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